Dans un contexte où les catastrophes naturelles augmentent en fréquence et en intensité, le secteur de l’assurance maritime fait face à des défis inédits. La montée des eaux, les tempêtes plus violentes et les événements climatiques extrêmes modifient profondément les risques couverts par les assureurs. Cette évolution oblige à repenser la gestion des risques tout en intégrant davantage la durabilité maritime et l’adaptation aux changements climatiques. Le secteur maritime, vital pour l’économie mondiale, se trouve ainsi à la croisée des chemins entre protection financière, sécurité maritime et préservation de l’environnement.
Les mutations des risques maritimes sous l’impact du changement climatique
Le changement climatique agit comme un catalyseur de transformations majeures sur les risques maritimes. Cette réalité pousse les experts de l’assurance maritime à actualiser en continu leurs modèles pour intégrer les nouvelles données des prévisions climatiques. Depuis plusieurs années, on observe une recrudescence des phénomènes météorologiques extrêmes tels que les tempêtes convectives, les inondations côtières et les épisodes de sécheresse impactant les estuaires et les infrastructures portuaires.
Par exemple, en 2023 et 2024, la répétition d’épisodes de forte sécheresse a affecté la circulation et la stabilité des navires dans plusieurs bassins fluviaux, exacerbant les risques liés au transport maritime. Puis, en 2025, des inondations violentes dans le sud de la France, accompagnées de la rupture d’un barrage hydraulique, ont eu des répercussions majeures sur les marchandises entreposées et sur les installations portuaires. Ces événements illustrent à quel point la dynamique climatique modifie les paramètres traditionnels pris en compte par les assureurs pour évaluer les sinistres et les couvertures adéquates.
Les risques maritimes ne se limitent plus à la navigation, ils englobent également des menaces associées à la dégradation de l’environnement marin, notamment l’accumulation de pollutions et la montée du niveau des mers. Ces risques envahissent les polices d’assurance environnementale, qui doivent désormais intégrer les conséquences directes liées à la perte de biodiversité et aux dommages sur les écosystèmes côtiers. Ainsi, la durabilité maritime devient un paramètre-clé désormais indissociable de toute gestion des risques dans le secteur.
L’enjeu est aussi financier. La perception accrue des risques climatiques par les marchés provoque une dévaluation d’actifs financiers liés à des infrastructures ou entreprises exposées. Dans ce contexte, l’assurance maritime doit conjuguer la protection des biens matériels avec une gestion financière adaptée, prenant en compte notamment le risque d’actifs échoués, en particulier dans les secteurs liés aux énergies fossiles et à l’immobilier maritime. Cette double pression, physique et financière, pousse le secteur à mieux anticiper les impacts climatiques dans sa stratégie globale.
Prévision climatique et modélisation des risques : fondements de l’adaptation aux changements
La prévision climatique constitue désormais un pilier essentiel pour le secteur de l’assurance maritime. Les progrès des modèles climatiques et l’intégration de données satellitaires permettent d’affiner les scénarios prospectifs. Ces outils offrent aux assureurs des bases solides pour anticiper les évolutions des aléas naturels et leurs impacts potentiels sur leurs portefeuilles d’assurance.
Le recours accru aux scénarios d’évolution permet notamment d’étudier des horizons à court terme, en tenant compte d’événements extrêmes cumulatifs, ainsi qu’à long terme avec des projections jusqu’en 2050. Ces approches multi-échelles sont indispensables pour évaluer la solvabilité des organismes d’assurance dans différents contextes, y compris dans des phases de transition environnementale plus ou moins ordonnées.
À court terme, par exemple, la succession d’événements extrêmes observée récemment, combinée à une prise de conscience accélérée du besoin de transition écologique, modifie rapidement la valorisation des actifs et la perception des risques. Cette réalité est synonyme d’incertitudes majeures qui se traduisent par une volatilité accrue des marchés et une augmentation de la sinistralité liée aux catastrophes climatiques, affectant directement la sécurité maritime.
À long terme, les outils de modélisation intègrent non seulement les risques physiques, mais aussi ceux liés au changement structurel de l’économie. Cette double lecture conduit à élaborer des stratégies d’assurance environnementale prenant en compte l’évolution des pratiques industrielles, la législation, mais aussi l’expansion de maladies vectorielles impactant la santé des équipages et des populations riveraines. C’est un tournant majeur qui pousse la gestion des risques à se doter d’une approche holistique, mêlant données climatiques, économiques et sociales pour protéger au mieux les acteurs maritimes.
L’adoption de ces prévisions permet aussi de mieux cibler les zones géographiques à fort risque et d’orienter l’activité des assureurs vers une gestion proactive. Cette dernière pourrait comprendre des mesures de prévention renforcées, des politiques d’exclusion ou de limitation des couvertures dans les zones devenues inassurables, comme certaines côtes fortement exposées à la montée de la mer, tout en offrant des instruments solidaires pour accompagner la transition durable.
Stress-tests climatiques : réévaluation de la solvabilité dans l’assurance maritime
Les stress-tests climatiques sont devenus des outils stratégiques pour mesurer la capacité des assureurs maritimes à faire face aux conséquences du changement climatique. Leur réalisation, notamment par des autorités de supervision, permet d’évaluer non seulement l’impact des risques physiques, mais aussi des risques économiques et financiers induits par les politiques de transition énergétique.
Un exercice récent a ainsi mobilisé 15 groupes d’assurance représentant 90 % du total des bilans français. Dans ce cadre, l’ACPR a proposé des scénarios intégrant des événements extrêmes cumulatifs à court terme, comme les sécheresses prolongées et les inondations majeures, ainsi que des hypothèses de transition brusque du marché financier, se traduisant par une chute rapide de la valeur d’actifs « bruns » et immobiliers.
Les résultats ont révélé une dégradation importante de la solvabilité des assureurs. Par exemple, le ratio de couverture du capital réglementaire a chuté de 230 % à 170 % sur la période 2022-2027. Cette baisse est principalement due à la combinaison d’une hausse de la sinistralité maritime, induite par des catastrophes naturelles plus fréquentes, et à la perte de valeur des actifs financiers, détériorant les fonds propres d’environ 28 %.
Ces chiffres illustrent la fragilité accrue du secteur face au dérèglement climatique et imposent une révision profonde des politiques d’assurance, notamment en matière d’adaptation aux changements. Le recours limité des assureurs à des stratégies d’ajustement de portefeuille souligne la nécessité d’une impulsion renforcée vers des outils de gestion plus dynamiques.
Par ailleurs, ces tests ont permis d’aborder la notion émergente de risque d’inassurabilité. En effet, l’augmentation concomitante des primes d’assurance, rendue nécessaire pour compenser la fréquence des sinistres, pourrait exclure certains assurés des garanties. Du point de vue des assureurs, certaines zones maritimes deviendraient alors trop risquées à assurer, soulevant des questions éthiques et économiques majeures, notamment pour les territoires insulaires et les communautés dépendantes du secteur maritime.